jueves, agosto 17, 2006

Cent-trente-neuvième bouteille



Je me suis approché, prudemment.


Oui : il s'agissait bien d'un oeuf.

L'oeuf du père, donc, en toute logique. Qui pouvait ainsi être aussi bien un gigantesque oiseau qu'un énorme lézard, un alien divinisé, ou qui sait même : un ornithorynque titanesque, à l'orthographe démesurée !

Je me suis imaginé alors tout le travail nécessaire pour monter peu à peu autour de tout ça une nouvelle religion, trouver un nouveau prophète, voire deux au vu de la taille de l'oeuf, leur apprendre à écrire puis leur faire rédiger un nouveau best-seller conséquent avec tout ce qu'il faudrait de révélations et de rebondissements pour tenir le monde en haleine pendant au moins deux mille ans, l'imprimer, le vendre, créer des infidèles et compter des martyrs, brûler les uns, béatifier les autres, massacrer et canoniser, construire pierre après pierre une Administration centrale, des lieux de culte par milliers, recruter, payer, inspecter des années, des siècles durant les mille millions de mille ministres et fonctionnaires divers et assimilés de cette dévotion sans précédent qui par la dimension même de son dieu risquait de provoquer des révolutions considérables, sinon un basculement des pôles, voire une entrée fracassante dans une nouvelle ère ainsi qu'un nouveau calendrier !

Etc., etc.

Frémissant à l'évocation de toutes ces perspectives quasi infinies, je décidai aussitôt de rentrer à ANTIPOLE, et définitivement.

Un nouveau dieu vous était né, tant pis, l'amour divin attendrait.

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