martes, agosto 01, 2006

Cent-neuvième bouteille


C'est au cours de l'un de ces nombreux vagabondages que j'ai un jour rencontré



LAURA


Laura est, comme son nom l'indique, une princesse.

Pourquoi donc une princesse ? Parce qu'elle possède un don pour ainsi dire aristocratique, un don rare, une sorte de brise légère qui court parmi les syllabes de son nom et qui lui permet de se laisser porter à son gré le long des courants de l'univers : c'est donc en plus une voyageuse comme moi.

C'est bien pourquoi nous avons très vite sympathisé tous les deux.

En fait je vous en avais déjà parlé, mais comme d'habitude dans votre monde si rapide ou personne ne fait attention à rien, et où rien fait encore moins attention à quelque chose que vous ne faites attention à lui, forcément, personne ne s'en souvient...

Et pourtant, rappelez-vous un instant le message de ma cinquante-cinquième bouteille : ce joli petit visage dans le miroir, c'est elle !

Il faut toujours faire attention aux détails, même au plus petits, je dirai même surtout aux plus petits, car ce sont toujours les plus importants, ceux qui auront les plus grandes conséquences...

Par exemple, si Laura vivait dans votre monde du si rapide, elle vous demanderait de considérer avec beaucoup plus d'attention que vous ne l'avez fait la dernière île que vous avez frôlée en ma compagnie : oui, là, dans le message de la cent-huitième bouteille : la deuxième !

Cette île a pour nom officiel Le Trou de la Serrure (la première, c'est La Tête de Cheval -et je n'invente rien, vous pourrez vérifier dans les meilleurs livres).

Le Trou de la Serrure. Très bien. Mais ça, ce n'est qu'un nom pour faire joli. En fait, toute personne qui la regarde avec le soin qu'elle mérite -et elle a mis des milliards de vos années à peaufiner ce soin de quelques secondes que vous allez avoir pour elle maintenant-, toute personne donc un tant soit peu attentive constatera qu'elle n'est en fait que le crâne immense d'un être encore bien plus vaste que lui, une sorte de géant océanique comme on n'en rencontre plus guère de vos jours...

- et alors ?

- et alors c'est un crâne qui pense !

- et que pense-t-il ?

- des pensées océaniques !

- hein ?!!

- oui, des pensées à sa dimension, des pensées qui en ce moment même sont en train de trouver des solutions incomparables à tous vos problèmes de mélancolie et autres spleens, comme dirait mon jardinier.

Il ne faut donc pas désespérer. La mer entière est en mouvement : tout ça n'est plus qu'une question de temps.


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