jueves, junio 29, 2006

Douzième bouteille

ANTIPOLE est beaucoup plus petite.

Beaucoup plus secrète aussi, sans doute.

Onzième bouteille

Je continue à avancer dans les terres.

Très vite, je sens que je ne suis pas dans une autre île, une île d'en face, mais probablement sur un véritable continent, un continent immense, qui s'enfonce très loin, et très longuement, à coups de distances, à coups d'années.

miércoles, junio 28, 2006

Dixième bouteille

S.O.S.

Save Our Souls ! Sauvez nos âmes ! disaient d'autres traces, les traces d'ondes qui peuplent aussi ces terres.

La preuve que cette histoire de masques n'a pas vraiment fonctionné.


Neuvième bouteille

En tout cas, qu'il en soit de cet océan qui m'a amené jusque là ou du ciel, à les regarder, davantage de questions que de réponses !

Pour ce qui concerne ce dernier, deux hypothèses : ou bien une densité extraordinaire de l'invisible le portant jusqu'à la couleur azur et lui donnant cette profondeur unique -si belle il faut le reconnaître-, ou bien la réelle béance d'un vide total, dont cet azur ne serait qu'un voile.

Cette seconde perspective me paraît toutefois bien peu défendable : le malaise qu'elle aurait créé chez les créatures d'ici les aurait vite entraînées à l'angoisse, à la perte de toute raison, et donc, logiquement, à la disparition.

Et cela même si elles avaient pour pallier l'immensité de ce vide, l'immensité insoutenable de ce vide, confectionné sur leurs têtes nues un grand chapiteau de masques, des masques avec des yeux d'azur, comme on fabriquait autrefois les dieux.

martes, junio 27, 2006

Huitième bouteille

Traces, à qui donc vous adressez-vous ?

A d'énormes papillons faits pour votre taille, à des oiseaux aux becs proportionnés à ces membres qui vous engendrent, ou bien venus de la mer à des poissons, à des poissons de dents et de peaux comme les créatures qui portent ces membres, à des poissons de formes semblables ou plus étranges encore et qui, là-bas, dans leurs profondeurs, lointains pour l'instant mais de plus en plus sollicités par les habitants d'ici vont soudain surgir, emplir leur ciel de leurs nageoires, les noyer sous leur respiration d'eau ?

domingo, junio 25, 2006

Septième bouteille

Car il va falloir faire vite.

Je l'ai tout de suite senti aux créatures fiévreuses que j'ai commencé à rencontrer derrière le rivage aux fleurs rapides.

Des créatures à leur image.

Oui, faire vite, très vite : parce que ces habitants-là possèdent pour premier bien une vie éphémère, une sorte d'entrevague à coeur, avec aussi cinq pétales sans doute pour faire des signes comme en font les fleurs de mon île, pour attirer les papillons qui conviennent à ces fleurs, et dont je n'ai pu encore définir la nature exacte.

Je sens bien que vous ne me croyez pas. Et cependant, telle est la réalité.


sábado, junio 24, 2006

Sixième bouteille

Voilà. Ce jour-là j'ai fait le premier pas.



Avec un détail assez curieux : sur le sable où j'ai posé mon pied, il y a eu alors comme une sorte de fleur en creux, molle et pour tout dire étrange, avec cinq pétales minuscules et un coeur allongé...

Je crois que c'est une trace, une espèce fugitive qui se glisse entre deux vagues, puis meurt aussitôt.

Cette fleur, j'ai trouvé qu'elle résumait bien cette histoire, cette histoire qui commençait, ou recommençait.

Cinquième bouteille

Et pendant que nous nous rapprochions l'un de l'autre, là, sous mes yeux, j'ai vu d'un coup l'immensité du temps qui s'était en fait écoulé depuis notre séparation.

Oui, alors que je ne m'attendais pas à ça, j'ai senti brusquement chaque vague creuser des années, chaque goutte, chaque giclée d'écume mettre de la distance dans ce petit bras de mer, dans ce petit membre de chair bleue où aurait commencé après les vers et les mouches du début à pousser les îles, puis d'autres corps encore dedans qui m'étaient inconnus : des saisons, des créatures qui auraient proliféré.


Chacune avec ses souvenirs à elle.



viernes, junio 23, 2006

Quatrième bouteille

A ce stade du face-à-face entre elle et moi, une retraversée s'imposait.

On dira ce qu'on voudra, nous sommes une créature sociale, et de plus la solitude est la moins inspiratrice de tous les plaisirs solitaires.

J'engageai donc le petit véhicule et bientôt l'abordai, t'abordai : toi, oui, côte et tout ce qu'il y aurait derrière de nouveauté sans doute, après une si longue absence !

De plus, j'avais à te parler.

A te parler vraiment, pour de bon, sérieusement, à chercher à savoir ce qui nous avait si longtemps privé l'un de l'autre : même partagés par un simple bras de mer, nos torts avaient à se comprendre.

jueves, junio 22, 2006

Troisième bouteille

Evidemment, de l'eau existe toujours entre cette île et la côte qui la regarde.

Or, un jour, comme je commençais à m'ennuyer ferme, j'avais pensé remplacer toute cette eau pour ainsi dire plate par de puissants alcools, ce qui aurait donné immédiatement aux mouvements de flux et de reflux qui vont de l'une à l'autre une carnation maritime encore inconnue à ce jour, une saveur profonde et même sensuelle que n'atteindront décidément jamais les salinités ordinaires.

Mais un tel projet bien sûr a fini par tomber à l'eau lui aussi, à l'eau encore et toujours comme la masse majoritaire de mes amendements à la rondité de ce monde.

Curieuse petite couleuvre paresseuse et grasse qui ne cesse de te mordre la queue, ma belle désespérante, quelle idée ai-je eu de vouloir quitter cette île pour tes rivages ?

jueves, junio 15, 2006

Deuxième bouteille

Cette photographie noire et blanche vous évitera peut-être bien des désenchantements trop-tardifs et surtout avant ça quelques fantasmes parfaitement inutiles.




Elle a été prise devant le phare d'ANTIPOLE, hier à l'aube.


Le phare d'antipole est ce qu'on appellerait chez vous un phare de jour, mais c'est vrai que dans la pratique il n'en existe pratiquement qu'ici, où les modestes ressources de l'île interdisent les inventions inutiles, comme de vouloir éclairer la nuit par exemple (coutume, dit-on, fréquente chez vous qui avez encore pour quelque temps de l'énergie à perdre).

Et maintenant que les présentations sont faites ou en partie, dépêchons-nous de vider une troisième bouteille afin de pouvoir continuer à nous parler.


Première bouteille

Dans vos yeux, il y a toujours une île d'en face.

Maintenant que je vous connais un peu mieux, je peux le dire : oui, tout ça a été une question de désir, rien que de désir.

Les années, c'est un peu comme ces voisines qui vous côtoient tous les jours dans vos grandes tours de maisons, encore que beaucoup parmi vous se contentent de voisins, gentils parfois au demeurant, mais terriblement moins gracieux que tout ce qu'on peut imaginer d'une voisine quand il s'agit d'elle, et non d'eux.


Imaginer, je dis bien, et désirer, seulement désirer : car même si c'est une elle, rien de vraiment gagné à cette proximité : alors que vous avez été invité au moins mille fois par ce fameux désir à en visiter l'intérieur, alors que cette garce comme on les appelait du temps de mon départ dans l'île, alors que cette garce proche et lointaine à la fois vous a fait tous les jours ses sourires et ses grands décolletés, pour le reste, néant, néant, c'est septième ciel d'étages entre soi, chez vous.

Eh bien, à y avoir longuement réfléchi, je crois que la vie est à l'image de ce voisinage : une sorte de grand canyon qui existe entre les êtres, un canyon qui ressemble à la fois à un volcan qui va exploser d'une minute à l'autre et à une faille sans fond dont nos bouches ne sont que l'ouverture trompeuse, surtout quand elles sourient.

(à la ville j'entends : à la campagne les derniers champs qu'il vous reste créent des horizons qui vous estompent un peu la sensation et, avec toute cette boue glauque qui vous colle aux yeux, inventent parfois l'illusion d'une vie bien remplie.)

C'est pour ça je pense qu'à un moment je vous ai tous quittés, que je me suis installé sur cette île avec la mer seule en face.

Toute en rez-de-chaussée pour éviter les vertiges.