jueves, julio 20, 2006

Soixante-dix-neuvième bouteille

Ce voyage a été beaucoup plus long que les autres.

Il y a eu en plus des turbulences, sans doute dues à ces fameux tours d'air que fait souvent ce type de petit-porteur.

Mon voisin de siège m'a expliqué qu'il en existait de plus vastes, appelés pour cette raison gros-porteurs : certes plus stables, mais qui consommaient infiniment plus, ce qui interdisait en fait leur usage.




J'ai pensé que les gens de ce pays, derrière une apparence sans doute parfois assez déroutante, pour ne pas dire blâmable pour un étranger comme moi habitué à un certain dénuement, possédaient quand même un sens aigu des réalités de leur monde, et sans doute un souci croissant de son développement harmonieux, durable et équitable.



Soixante-dix-huitième bouteille

Un peu plus tard, alors que le beau soleil du progrès ouvrait toute grande cette journée-là, je décidai à nouveau de changer de pays : tant de découvertes sans doute stupéfiantes se présentaient encore à moi, avec à la clé autant de visages, d'amies et d'amis sympathiques !

Pour parvenir dans la contrée assez lointaine que m'avait désigné ma curiosité, il me fallait un véhicule à la fois léger et rapide : léger parce que la pesanteur des airs et des coeurs m'a toujours donné la nausée, rapide parce que déjà le temps me tardait de connaître ce vaste nouveau coin du monde !

Je choisis donc une invention récente nommée vélocipède, ce qui dans la langue locale veut dire très exactement "rapide-enfant".




Le principe en est à la fois simple et efficace : une traction dite par galipettes vous propulse à la façon d'une véritable hélice à des vitesses insoupçonnées vers la destination de votre choix !


Ce moyen de transport tout aussi économe qu'élégant est toutefois déconseillé ici aux voyageurs de plus de cent-vingt-cinq ans, âge à partir duquel il peut dit-on provoquer parfois des quintes de hoquets douloureuses, voire fatales.


Soixante-dix-septième bouteille


Emportés par l'un des nombreux petits
oisillons mécaniques qui permettent à ses habitants de se déplacer sans trop d'encombres ni de lenteurs inutiles, nous avons pu voir, outre la célèbre Terre de feu,




le Fleuve des Rires Jaunes,




et surtout cette magnifique Chute des Illusions,



l'un des joyaux de cet extraordinaire pays dont on comprend aisément qu'il soit, tant par sa beauté que ses richesses, au coeur de toutes les admirations, je dirai même de toutes les convoitises !


Soixante-seizième bouteille

Le pays où je me trouve depuis quelques jours est essentiellement composé de forêts et de rêves.

Je conçois que cette sorte d'association puisse paraître peu courante à beaucoup de gens qui liront ces bouteilles : et cependant il en est ainsi.

J'ai joins quelques souvenirs à la traversée que j'ai pu en faire : ils témoigneront ainsi à qui voudra me croire de l'existence bien réelle de cette terre, hélas comme on le verra bientôt, en voie de cette sorte de réveil qu'on appelle ici le Progrès.




miércoles, julio 19, 2006

Soixante-quinzième bouteille

C'est là qu'avant de redescendre pour de bon du manège, je dois quand même vous signaler qu'assistent à ses rotations bien d'autres créatures que les seuls enfants, même les enfants invisibles : des créatures qui sont en lien étroits avec ceux que j'ai qualifiés l'autre jour de sorciers -vous savez bien, ces sympathiques créatures rouges qui vous font croire que c'est tous les jours carnaval !

Eh bien non, ce n'est pas tous les jours canarval : des jours, il y en a en fait plein d'autres, et c'est surtout parmi ces autres-là qu'ils opèrent, ces esprits tourneurs -de préférence la nuit d'ailleurs : toujours très discrets, mais toujours très efficaces.



On les appelle des DJ, ce qui veut dire Dangereux Joueurs, car leur mode opératoire est essentiellement le jeu.

Mais c'est peut-être avec vous qu'ils jouent : méfiance...


martes, julio 18, 2006

Soixante-quatorzième bouteille

Il y avait beaucoup d'enfants sur ce manège, et aussi tout autour qui regardaient.



Tout ça m'a rappelé une chanson de mon enfance, une berceuse qu'on nous chantait tous les soirs pour nous endormir : si tous les gars du monde voulaient bien se donner la main ...

L'ennui, j'en suis sûr à présent, c'est bien que ça nous a endormis.


Soixante-treizième bouteille

Après, nous sommes allés faire un tour de manège.


Je crois que Charles Junior et moi nous allons bien nous entendre.


Soixante-douzième bouteille

Une bonne nouvelle : Charles Junior est venu me rejoindre.

Je pense qu'il s'ennuyait un peu chez lui, surtout avec sur le dos cette race de parents qui s'obstinent à vieillir tout en voulant rester jeunes, et qui comme je crois vous l'avoir déjà dit, finissent par mourir un jour déchirés de ce paradoxe qu'ils ont eux-mêmes fait naître, rongés qu'ils en sont prématurément.

Ceci étant, Charles Junior a également subi quelques modifications du genre temps comme il s'en produit beaucoup ici, au point qu'au tout début, je le l'avais pas vraiment reconnu !

L'essentiel étant pourtant sauf, nous sommes vite tombés dans tous les bras l'un de l'autre, curieux de savoir ce que nous avions fait de beau et aussi de grand pendant que nous ne nous étions pas vus.

De mon côté, vous êtes en partie au courant.

Du sien, Charles a poursuivi un parcours assez semblable au mien, mais vu avec ses yeux à lui : ce qui n'a rien de négatif, bien au contraire.

En fait, et malgré son statut de junior, je crois que Charles fait preuve d'une certaine hauteur de vue, ce que j'avais remarqué dès le début d'ailleurs, puisqu'il n'allait pas à l'école.

Ainsi, s'il ne s'attache toujours pas à certains faits quotidiens de la vie ordinaire -comme d'apprécier à sa juste valeur le travail pourtant consciencieux et respectable des jardiniers occupés à leurs massifs floraux-, il a de la vie en général et de certains de ses mécanismes particuliers une vision assez pertinente, et j'aime en cela sa compagnie.

Son seul défaut, je le connais bien, car je le partage, malgré le réel décalage de nos états civils : c'est celui, comment dire, de faire preuve d'un certain esprit critique, de ne pas être toujours d'accord avec le monde tel qu'il mène sa petite vie tranquille.



Et surtout de le manifester clairement, non sans une certaine élégance certes, à tous ceux qui lui soutiennent quotidiennement que tout ici va pour le mieux dans la meilleure des civilisations possibles.


lunes, julio 17, 2006

Soixante-et onzième bouteille

A force d'en donner des coups d'ailes, il devraient bien finir par les apercevoir, les Etats intermédiaires.

Bien sûr, entre le rouge de leur terre et le tantôt-bleu tantôt-noir de leur ciel, ça fait régulièrement des contre-jours, des contre-nuits.

Mais quand même...


- D'accord, d'accord, me répondent-ils de leur côté quand j'essaie d'en parler sérieusement avec eux : mais ça fait des siècles que des lunettes se tirent les yeux pour le voir, le ciel, le scrute en tous sens, le mesure, tentent même de le percer ! Et ça fait des décennies que des animaux, puis des hommes en entier, puis des équipages et même, pour finir, des femmes sont partis là-haut examiner minutieusement ce qu'il s'y passait...

Et c'est vrai, je veux bien le croire que tous ces gens-là aient grimpé le plus haut possible, et même encore plus haut que ça, vers cet sorte d'abysse obscur même en plein soleil qui prolonge ce là-haut-là, qui le tire au loin vers cette chute dans tous les sens et tous les temps dont les moindres détails sont si spectaculaires qu'on les appelle trous noirs, ou encore blanches portes quand c'est une étoile qui sert de judas...

Je veux bien le croire, oui, je le veux bien.

Et pourtant, pourtant : pourquoi ne les voient-ils pas alors tous ces Etats intermédiaires, toutes ces orées de forêts, de fleuves, de champs, de cités, de capitales assurément gigantesques et beaucoup plus proches encore : si limitrophes, si voisines du bout des nez de leurs lunettes que la première clé de leurs mystères, elles pourraient presque la leur poser dans le creux de la main !



Certes, je veux bien croire aussi que tous ces petits détails matériels ne règlent en rien le problème général de l'amour divin.


Soixante-dixième bouteille



Certains affirment par ici que l'amour divin se trouverait en fait quelque part dans le ciel, et non dans le corps des femmes.

Ils auraient, eux, et avec certitude, la réponse définitive à l'ancestrale querelle du désir et de l'amour que j'évoquai déjà en arrivant.

Hosanna au plus haut des cieux ! Gloria in excelsis deo ! répètent-ils d'ailleurs à longueur de journées en réunissant leurs mains en forme d'ailes, comme prêts à s'envoler.

Or il se trouve, en parlant d'ailes, que toutes celles que j'ai rencontrées par ici sont absolument recouvertes d'écailles et hérissées d'aiguilles...

Serait-ce donc la matière de ce ciel à traverser pour toucher l'amour qui le justifierait ?

Serait-ce quelque piège intermédiaire, immense et invisible qui s'y cacherait et qu'il faudrait alors déchirer à l'aide de cette sorte de cuirasse ailée ?

Encore un mystère, un mystère de plus.

En tout cas, pour ma part, et quoi qu'en soutiennent ces gens-là, je continue toujours à croire que la demeure de cet amour se trouve plutôt sous la chemise des filles, une maison nettement plus douce et accueillante que ce ciel bien suspect.


sábado, julio 15, 2006

Soixante-neuvième bouteille

69 est une sorte de chiffre sacré dans les mentalités locales et y joue un très grand rôle cultuel.

Tous les 69 du mois en effet, chacun s'affaire à la préparation des différentes cérémonies qui vont avoir lieu tout au long de cette journée, et même souvent jusqu'à une heure avancée de la nuit.

Autrefois limitée au strict cercle domestique et pratiquée d'une façon encore assez modeste -héritage des rituels archaïques de cette société-



cette célébration a aujourd'hui tendance à se développer d'une façon beaucoup plus ouverte et dans une ferveur populaire nettement accrue



Etreintes multiples et inspirées, quasiment aux frontières de la transe collective, et qui donnent bien entendu à ces immenses missae nigrae -c'est leur nom officiel- un retentissement beaucoup plus fort, voire émouvant pour l'étranger comme moi qui se trouve y assister par hasard.

viernes, julio 14, 2006

Soixante-huitième bouteille

Il faut sans plus tarder que je vous présente mon nouvel ami Philippe.




Un garçon curieux mais très attachant ce Philippe (en fait Phillips, mais ce jour-là les employés de l'état-civil étaient particulièrement distraits).

Et pourquoi Philippe ? C'est que dès sa naissance, il a toujours eu cette apparence... comment dire ? cette apparence assez chevaline, chevaline et lunaire en même temps -il existe bien des lièvres-de-lune, alors pourquoi pas des chevaux ?-

Moi, personnellement, je trouve plutôt qu'il a une tête d'hippourane, créature qui est au ciel ce que l'hippocampe est à la mer.

Surtout pas de mer en effet chez Philippe : il déteste ça ! Et non seulement l'eau de mer, mais même l'eau en général : par exemple chez lui, ni aquarium ni vase avec des fleurs fraîches... S'il y a des fleurs, ce sont toujours des sèches, avec une préférence pour les immortelles, ce qui ne manque pas de m'aller droit au coeur.

Les animaux ? De tout petits reptiles du genre cactus-nains et qui comme ses fleurs ne demandent que très peu d'entretien.


Et pourtant avec ça un intérieur très coquet : si ce n'est que ses amis s'y trouvent parfois un peu à l'étroit.

Assez mal à l'aise au début pour la raison que je viens d'expliquer, cependant, grâce aux cocktails secrets de Philippe et une certaine curiosité réciproque, ces derniers se sont toutefois vite montrés extrêmement charmants -et ont en outre manifesté un grand intérêt pour ANTIPOLE, qu'ils se proposent d'ailleurs de visiter très bientôt.



Encore de nouveaux amis !


Soixante-septième bouteille


Il a quand même un gros atout, cet homme-là : il connaît des tas de gens, et en particulier des filles certes d'un type assez curieux, mais très calées en matière d'amour divin


Ce qui pour moi, évidemment, représente un certain avantage, pour ne pas dire un certain attrait.


Soixante-sixième bouteille

Là vivent les peuples qui sont de cette religion des deux lunes.

Si c'est une religion.

Là aussi je viens de rencontrer mon troisième ami.


Mon troisième ami véritable, même si bien sûr, et malgré tous ses efforts, ce n'est pas encore tout à fait une femme.

Ce qui fait en tout cas que nous sommes désormais quatre.



Quatre. Les sorciers n'ont qu'à bien se tenir.



Soixante-cinquième bouteille


Puis ç'a été longtemps ce qu'ils appellent ici
les déserts...



...les déserts jusqu'à la bordure d'une autre mer, jusqu'à l'extrême couchant du ciel, au bord même de leurs terres : là où règnent depuis toujours celles qu'ils nomment


la lune-à-la-robe-de-turquoise



et la lune-à-la-robe-de-rosée


Soixante-quatrième bouteille


Depuis combien de jours suis-je ici ?


Depuis combien d'heures, combien d'années ?

C'est vrai que n'est certainement pas à ANTIPOLE que j'aurai appris à mesurer de cette manière toutes les distances de mon voyage...


Mais justement, ce matin, j'ai eu l'occasion de penser à elle, ANTIPOLE.


J'étais quelque part près du volcan lorsque la silhouette de l'île est brusquement apparue : le temps que je me frotte les yeux, que mon coeur se mette à battre...



Mais non, je crois que j'ai rêvé, une fois de plus : ce n'était que la fumée du volcan, la fumée trompeuse du volcan qui passait par le ciel tout près de moi.



Soixante-troisième bouteille

Une autre surprise de taille -mais il est vrai que c'est vraiment le quotidien du pays où je me trouve- il y a dans ce coin-là une quantité prodigieuse d'hommes qui se déguisent en femmes !


La présence de la pipe confirme qu'ils essaient d'en imiter les moeurs au plus près.


Quant aux femmes, quand elles se risquent à se montrer à la façon des hommes, cela donne aussi des résultats très réussis.





Soixante-deuxième bouteille


Depuis mon arrivée, j'ai toutefois bien vite appris que parler d'amour était souvent ici une manière élégante de parler une langue étrangère.

Aussi, me rendant compte également rapidement que la volonté d'une majorité d'habitants était de n'en parler bientôt plus qu'une, je m'empressai de l'apprendre afin de pouvoir prononcer dans cette langue universelle et sans doute magnifique la formule quasi magique qui m'avait permis de revenir d'ANTIPOLE et de débarquer ici, à savoir :

je t'aime

Or quelle ne fut pas ma surprise en découvrant que le but de cette quête pour ainsi dire effrénée d'une langue unique n'était pas, comme je l'avais d'abord cru en arrivant, l'amour, mais bien plutôt le désir ou la nécessité de gagner le plus rapidement possible un maximum d'argent...

Un mouvement de masse, un engouement populaire qui m'a aussitôt fait penser que j'assistais à la naissance d'une véritable religion...

Une de plus me direz-vous : oui, une de plus mais une religion solide, celle-là, jusqu'à être capable de battre sa propre monnaie (voilà qui laisse loin derrière la Banque du Saint-Esprit, n'est-ce pas !)


Une religion qui en plus est tout à fait capable de donner un visage à son dieu, elle.

Soixante-et-unième bouteille

J'ai continué mon voyage.

L'étranger venu d'ANTIPOLE a peu le loisir de rester immobile. Et quand il l'est où semble l'être, c'est souvent comme on vient de le voir une fréquentation de feu, de couleurs et de mouvement qui fait son existence.

C'est qu'il y a un lien particulier entre cette île et le lieu où il se trouve. Et ce feu, ces couleurs, ce mouvement général et constant font partie de ce fil.

C'est aussi ce fil dont sont tissées les femmes, dans leur complexion profonde, sans qu'une évidence immédiate puisse, dans un premier temps, en sauter aux yeux et au coeur de celui qui les fréquente sans s'y attacher vraiment.

Mais cela est certain.




Ce qui est certain également, c'est que cela pousse le voyageur d'ANTIPOLE à les rechercher, et surtout, à les aimer.


jueves, julio 13, 2006

Soixantième bouteille

Ma rencontre avec elle n'a pas manqué d'une certaine grandeur, je dois bien le reconnaître.

Elle dansait sur les flancs du volcan, ce qui soit dit en passant avait diablement l'art de l'exciter, ce vieux cacochyme.


Mais mille fois plus belles étaient les arabesques de cette petite danseuse, mille fois plus harmonieux le monde qui naissait de ses pieds, de ses doigts, de toute l'ardeur qu'elle mettait à conquérir le ciel à chacune de ses figures.




Depuis, je crois à la supériorité des femmes non seulement sur les hommes, mais encore sur les volcans.


Cinquante-neuvième bouteille

Et j'ai bien fait. Très bien fait.

Car je m'y suis fait une nouvelle amie.


Avec Charles Junior, ça fait donc deux.

Sachant que cette nouvelle amie-là a sur Charles un avantage considérable : outre celui d'être une fille, celui d'être notablement plus ouverte à la réalité de ce qui se passe généralement, c'est-à-dire de voir, de sentir les choses un peu plus exactement que ne sait le faire l'enfance, malgré le rayon encore solaire de ses yeux.

J'ai toujours dit que l'enfance avait ses limites.

C'est d'ailleurs pour ça que par ici je vois une masse considérable de gens vieillir si vite, et si mal : à force de s'accrocher à cette enfance seule et de chercher en elle des raisons d'exister qui n'ont rien à voir avec cet âge certes utile, mais en aucun cas essentiel.


Cinquante-huitième bouteille

Ces armes à feu de toutes les races m'ont rappelé qu'il y avait un volcan près de cette ville -le nombre assez considérable de caractéristiques propres à cette ville est pour beaucoup à mon avis dans le fait qu'elle soit la Capitale des terres où je me trouve actuellement.

Et parmi ces caractéristiques un volcan...


"Un volcan près d'une ville, quelle idée !" disent ici quelques habitants qui le regardent de travers, et même le haïssent, pour tout dire.

Ce sont généralement des gens assez grincheux, ou craintifs, mais plus généralement encore, les deux.

Moi, au contraire, il me plaît bien ce volcan.




C'est d'ailleurs pour ça que ce matin, je suis allé le visiter.


lunes, julio 10, 2006

Cinquante-septième bouteille


Bouteille-à-la-douce : feu la douleur ?


Bouteille à l'amer

Bouteille à l'amer, oui.

C'est ainsi qu'ils écrivent parfois ce que je jette régulièrement dans les grandes vagues qui m'entourent en direction de ceux qui, peut-être, me liront un jour.

Cette façon de l'écrire, dans leur langue, ils appellent ça un jeu de mots.

Au fait, il y a aussi un autre jeu qu'ils pratiquent, et qui est de plus en plus populaire -pour l'instant pas autant que celui de la balle et du pré pentu naturellement, mais quand même, je sens que ça vient.

C'est celui des enfants.

Un jeu fait pour eux et par eux (comme l'indique d'ailleurs clairement son nom : le jeu-qui-aime-les-enfants).


Et donc, comme c'est un jeu pour eux, les règles en sont très simples :

- d'abord un terrain, généralement agréable et sous un climat chaud, pour qu'ils n'attrapent pas froid : une sorte de pelouse bordée par la mer -du fait de la présence du sel, toutefois, l'herbe traditionnelle est souvent remplacée par du sable, la couleur des flots en rappelant avantageusement la couleur




- les enfants, ensuite, un élément essentiel du jeu, aussi important que la balle dans d'autres compétitions

- le jeu proprement dit, enfin, consistant à faire avec cette sorte de balle humaine toutes sortes de figures sportives et si possible élégantes afin de procurer aux spectateurs comme aux joueurs le maximum d'excitation et de plaisir. Des échanges parfois vifs, et même virils assurent au jeu cette popularité croissante que j'ai pu constater partout, notamment dans les nations civilisées.



Une fois la partie achevée -ou les parties, suivant la capacité de résistance de l'enfant, les meilleurs équipes ont le droit de conserver la balle comme un véritable trophée rappelant leurs exploits : cette sorte de Coupe du Monde, chaque ancien joueur pourra ensuite l'exhiber soit en famille, soit entre amis, soit à l'intention de ses nombreux fans par l'intermédiaire de cet outil de communication universel qu'on appelle le Houeb ou encore la Toile, un nom je pense prédestiné car il sait créer des liens solides, en particulier dans le domaine sportif.




Certes, avec le temps, le cuir de la balle a tendance à se friper un peu, mais la valeur symbolique du trophée garde néanmoins un impact tout à fait considérable, possédant une valeur quasi spirituelle et fondatrice pour les futures équipes.



domingo, julio 09, 2006

Cinquante-cinquième bouteille


On vous avait prévenu...


Mais voici que quelqu'un veillait.

Quelqu'un dont le regard, s'il est léger, a pourtant la puissance d'une lame.


Et que peuvent alors, même et surtout d'argent, les balles de ces sorciers contre l'acier de Ses yeux ?


De Ses yeux juste de l'autre côté du miroir qui va d'ANTIPOLE à ici, comme une peau mince où mon coeur se reflète.


Cinquante-quatrième bouteille



Ceci est mon corps


prenez et mangez-en tous.


Cinquante-troisième bouteille

Et l'amour divin dans tout ça ?

Parce que sous les vêtements des filles, en fait de coeur, on trouve généralement plutôt ça :




(je sais, je vous l'avais déjà montré dans ma quinzième bouteille... Vous allez dire que je me répète, mais c'est une chose tellement belle, oui, tellement fascinante !)

En tout ca ne croyez nullement que je m'éloigne de mon sujet : l'amour divin.

Précisément, j'y vais tout droit, tout droit vraiment hélas, d'une certaine façon...

Car je viens de découvrir que dans ce pays-ci il existe paraît-il une autre religion, une autre religion très récente et dont le culte impose à ses fidèles de chercher les coeurs jusque là où ils se trouvent, là où ils se trouvent réellement.



Ils appellent ça la religion globale.

Ce doit être une autre forme de l'amour universel.


Cinquante-deuxième bouteille

A ce moment-là de mon voyage, et malgré ce soleil si limpide, j'ai failli renoncer.

A quoi bon en effet parcourir tant de terres, aborder tant de visages, tant de façon de sentir et de faire qui ne sont pas les miennes, qui sont comment dire... lointaines, oui lointaines après mon séjour à ANTIPOLE ?

Bien sûr, les hommes en général et les filles en particulier sont gentils avec moi, savent me faire partager ce coeur qui semble quand même et malgré tout garder un certain petit pouvoir par ici.

il faut y croire ! me disent-elles, et rien que pour moi, elle l'affichent partout sur leur poitrine, aussi bien dans les campagnes que dans les villes, et même sur les rivages où pourtant, comme je vous l'ai montré dans une de mes premières bouteilles, elles sont considérablement moins vêtues.



L'une d'elle, sans doute pour me prouver que tout ça, ça n'était pas que des mots, me l'a même offert.



Surprise !!! Cette fille possédait un coeur d'or...

Et c'est vrai qu'il brille ce coeur-là quand on le déshabille, qu'il vous illumine de partout : bien sûr sans doute à la condition que vous sachiez l'entretenir, le caresser, lui parler avec douceur et flamme tout en même temps : un vrai volcan alors, un volcan d'or pur !

Je pense qu'en plus ce doit être un talisman, c'est-à-dire dans leur langue une chose qui vous protège, qui vous garde sain et sauf lorsque que l'un des grands sorciers puissants qui vivent par ici vous jettent un sort, l'un de ces sorts tristes dont ils sont les spécialistes.


Cinquante-et-unième bouteille


Lorsque le soleil est revenu, ce matin, j'ai essayé de chasser une certaine mélancolie qui s'était emparée de moi.

Au fait, je n'ai jamais vu le visage de cette jeune femme. Je crois que la lune l'aura gardé pour elle.

Ou que j'ai rêvé tout ça. Rêvé. Ce qui revient un peu au même.

Cinquantième bouteille


Après, je me souviens de cette lune énorme qui illuminait tout le parc avec son joli ventre rond.

Et de cette jeune femme curieuse qui essayait de la voir d'un peu plus près.



Au fond, je pense qu'elle est un peu comme moi, cette jeune femme : elle cherche dans le cercle des mondes des tas de choses qui lui échappent, et qu'elle aimerait posséder, elle, ne serait-ce qu'un instant, pour en savoir un peu plus, un tout petit peu plus.

Mais le mystère est à l'image de la lune : il est vaste, vaste, si vaste, et nos yeux sont si petits...


sábado, julio 08, 2006

Quarante-neuvième bouteille

Le soir, à la nuit tombée, nous sommes allés dans un immense pré situé assez curieusement au coeur même de la ville. Cela s'appelle un parc urbain, mais dans cette ville-là, et c'est normal au vu de sa situation, il a pour nom le Parc central. Il paraît qu'il est très célèbre.

En arrivant, je n'ai pas manqué d'être surpris : ni joueurs, ni morts ! Rien que des arbres centenaires et au milieu une immense pelouse tranquille en train de siroter son vert.


J'ai tout de suite été plein d'admiration pour le travail des jardiniers locaux, qui étaient en train d'y réaliser plusieurs massifs d'une beauté extraordinaire, d'une finesse comme je n'en avais encore jamais vu auparavant par ici.

Mais ce qui m'a le plus étonné, c'est la façon qu'ils avaient d'effectuer leur travail : en un tour de main, et surtout sans pour une fois utiliser toutes ces machines bruyantes et asphyxiantes qui caractérisent fréquemment ce monde, et qui le rendent souvent, je dois le dire, assez insupportable.

Mais quand j'ai voulu en savoir plus sur cette technique originale, mon jeune ami Charles -il s'appelle Charles, Charles Fort Junior- m'a dit qu'il ne voyait pas de quoi je voulais parler.

Charles Junior est un chic type, et surtout il possède une grande et rare vertu : l'humilité.

Il ne veut pas étaler devant les yeux d'un pauvre étranger comme moi toutes ces ressources incroyables que possède sans doute sa civilisation, et que naturellement, j'ignore encore.