Maintenant que je vous connais un peu mieux, je peux le dire : oui, tout ça a été une question de désir, rien que de désir.
Les années, c'est un peu comme ces voisines qui vous côtoient tous les jours dans vos grandes tours de maisons, encore que beaucoup parmi vous se contentent de voisins, gentils parfois au demeurant, mais terriblement moins gracieux que tout ce qu'on peut imaginer d'une voisine quand il s'agit d'elle, et non d'eux.
Imaginer, je dis bien, et désirer, seulement désirer : car même si c'est une elle, rien de vraiment gagné à cette proximité : alors que vous avez été invité au moins mille fois par ce fameux désir à en visiter l'intérieur, alors que cette garce comme on les appelait du temps de mon départ dans l'île, alors que cette garce proche et lointaine à la fois vous a fait tous les jours ses sourires et ses grands décolletés, pour le reste, néant, néant, c'est septième ciel d'étages entre soi, chez vous.
Eh bien, à y avoir longuement réfléchi, je crois que la vie est à l'image de ce voisinage : une sorte de grand canyon qui existe entre les êtres, un canyon qui ressemble à la fois à un volcan qui va exploser d'une minute à l'autre et à une faille sans fond dont nos bouches ne sont que l'ouverture trompeuse, surtout quand elles sourient.
(à la ville j'entends : à la campagne les derniers champs qu'il vous reste créent des horizons qui vous estompent un peu la sensation et, avec toute cette boue glauque qui vous colle aux yeux, inventent parfois l'illusion d'une vie bien remplie.)
C'est pour ça je pense qu'à un moment je vous ai tous quittés, que je me suis installé sur cette île avec la mer seule en face.
Toute en rez-de-chaussée pour éviter les vertiges.
Les années, c'est un peu comme ces voisines qui vous côtoient tous les jours dans vos grandes tours de maisons, encore que beaucoup parmi vous se contentent de voisins, gentils parfois au demeurant, mais terriblement moins gracieux que tout ce qu'on peut imaginer d'une voisine quand il s'agit d'elle, et non d'eux.
Imaginer, je dis bien, et désirer, seulement désirer : car même si c'est une elle, rien de vraiment gagné à cette proximité : alors que vous avez été invité au moins mille fois par ce fameux désir à en visiter l'intérieur, alors que cette garce comme on les appelait du temps de mon départ dans l'île, alors que cette garce proche et lointaine à la fois vous a fait tous les jours ses sourires et ses grands décolletés, pour le reste, néant, néant, c'est septième ciel d'étages entre soi, chez vous.
Eh bien, à y avoir longuement réfléchi, je crois que la vie est à l'image de ce voisinage : une sorte de grand canyon qui existe entre les êtres, un canyon qui ressemble à la fois à un volcan qui va exploser d'une minute à l'autre et à une faille sans fond dont nos bouches ne sont que l'ouverture trompeuse, surtout quand elles sourient.
(à la ville j'entends : à la campagne les derniers champs qu'il vous reste créent des horizons qui vous estompent un peu la sensation et, avec toute cette boue glauque qui vous colle aux yeux, inventent parfois l'illusion d'une vie bien remplie.)
C'est pour ça je pense qu'à un moment je vous ai tous quittés, que je me suis installé sur cette île avec la mer seule en face.
Toute en rez-de-chaussée pour éviter les vertiges.

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